Fatigué·e dès la rentrée ? Comment se reposer vraiment

Chaque année, c’est la même histoire. Fin juin, vous comptez les jours. L’itinéraire est planifié, les activités sont réservées. De quoi passer de bonnes vacances bien remplies ! Et puis vous partez — vite, loin si possible, avec la ferme intention de « tout voir » et de « tout vivre ».

Trois semaines plus tard, c’est la rentrée et badaboum, vous êtes crevé·e, plus fatigué·e qu’avant de partir.

Si vous vous êtes déjà demandé pourquoi vous étiez fatigué·e après les vacances, sachez que vous n’êtes pas seul·e — et que ce n’est probablement pas une question de destination, de budget ou de météo. Car ce qu’on appelle « vacances » dans nos vies bien remplies, ressemble étrangement à un boulot à plein temps, comme si le repos-même devait être rentabilisé.

Et si le problème n’était pas que vous n’êtes pas parti·e pas assez loin mais que vous n’avez tout simplement jamais appris à vous arrêter ? C’est cette question que je vais creuser ici — et la réponse, spoiler alert, n’a rien à voir avec le prix de votre billet d’avion. Lisez cet article si vous ne voulez pas faire les mêmes erreurs la prochaine fois.

Vos vacances ne vous appartiennent pas vraiment

Remontons un peu dans le temps. En 1936, la France invente les congés payés. Deux semaines, obtenues de haute lutte, pensées comme un droit au repos. C’est une victoire immense pour l’ensemble des salarié·es.

les congés payés

Sauf qu’à peine ce temps libéré, une industrie entière s’est empressée de le remplir. Le tourisme de masse est né presque en même temps que les congés payés — et il ne s’agissait pas d’aider les gens à se reposer mais bien de leur vendre quelque chose à faire de ce temps libre. Résultat, presque un siècle plus tard : vous avez hérité d’un droit au repos mais pas du mode d’emploi. Alors vous avez rempli le vide avec ce qu’on vous proposait — circuits, activités incontournables, listes de « choses à voir avant de mourir ». La checklist touristique n’est pas tombée du ciel. Elle a été fabriquée, vendue, et vous l’avez adoptée comme une évidence.

Et il y a pire : la pression du récit. Vous connaissez cette scène : la rentrée, la machine à café, le « alors, ces vacances ? ». Il faut avoir quelque chose à raconter. Des photos, un pays coché, une anecdote qui tient la route. Sinon, crotte de bique, vous avez raté vos vacances. Comme si le repos devait, lui aussi, produire un résultat présentable (tout comme le sont devenues les recettes de cuisine, les chats ou les bébés).

Alors j’ai une question simple pour vous : et si tout ça n’était pas obligatoire ?

Il n’y a pas une seule façon de bien passer ses congés. C’est juste une norme. Et contrairement aux lois que vous devez respecter sous peine d’encourir des poursuites si vous ne le faites pas, vous avez parfaitement le droit de ne pas vous soumettre à cette norme. Ne rien avoir à raconter à la rentrée n’est pas un échec. C’est même sans doute le signe que vous avez fait l’inverse de ce qu’on attendait de vous et que vous vous êtes reposé·e, pour de vrai.

La prochaine fois qu’on vous demande « alors, ces vacances ? », vous pourrez répondre « rien de spécial » — avec une fierté toute nouvelle (ou au moins sans craindre de passer pour un looser).

L’art de ne (presque) rien faire

Faire le vide, littéralement

Avant de parler de repos, parlons de la place qu’on lui laisse. Concrètement : zéro. On remplit son sac, son itinéraire, ses journées — et on se demande ensuite pourquoi il ne reste plus d’énergie pour rien. Se reposer, ça commence par un geste tout bête : soustraire, pas ajouter. Vider son agenda avant de le remplir de nouveau.

faire le vide

Voici un exercice simple si vous voulez tester : prenez votre programme de vacances (ou celui que vous vous apprêtiez à faire) et rayez la moitié de ce que vous aviez prévu. Oui, la moitié. Ce qui reste, c’est probablement déjà trop.

L’ennui, cet ami qu’on a oublié

On a diabolisé l’ennui. Quand un enfant s’ennuie, on lui tend un écran. Quand un adulte s’ennuie en vacances, il culpabilise et va chercher une activité pour combler le trou. Sauf que l’ennui est un espace vierge d’où pourront émerger de nouvelles idées, de nouveaux points de vue, une énergie toute neuve… L’univers des possibles a besoin de vide pour s’exprimer. Je me souviens que lorsque j’étais petite et que je me plaignais de m’ennuyer, ma grand-mère me répondait invariablement par un « Continue comme ça, c’est une bonne maladie ».

« Je suis allé dans les bois parce que je souhaitais vivre à dessein, ne considérer que les faits essentiels de la vie. »
— Henry David Thoreau, Walden (1854)

Thoreau n’a rien inventé — il a juste expérimenté l’idée que le vide, quand on le laisse exister, finit toujours par se remplir de quelque chose (et ça va souvent très vite). Une pensée qui traîne. Une envie qu’on avait oubliée. Le simple fait de ne penser à rien, pour une fois.

Trois réflexes pour désencombrer vos vacances

  • Ne rien planifier au moins un jour sur trois — vraiment rien
  • Un objectif par jour, pas cinq (la visite du musée ou la balade, pas les deux)
  • Annuler en priorité ce qui pèse, pas ce qui repose

Le droit d‘être un maillon improductif de la chaîne

Voilà le nœud du problème : on a tellement intégré la logique du résultat qu’on l’applique même au repos. Une journée « réussie », c’est une journée où on a fait quelque chose. Et si on n’a rien fait (ou pas suffisamment), on a l’impression d’avoir perdu son temps.

Sauf que non. Ne rien produire pendant ses vacances, ce n’est pas un échec. C’est précisément le but.

Alors, la prochaine fois, essayez ceci : une seule chose, bien faite, par jour. Une vraie balade plutôt que trois visites expédiées. Un bon livre, plutôt que cinq activités cochées alors que vous étiez à moitié présent·e. Vous verrez : on se souvient bien mieux d’une chose vécue pleinement que de cinq vécues en accéléré, sans y prêter l’attention qu’elles méritent.

Ou alors, soyons carrément hardcore : et si vous faisiez une bonne cure de sommeil à base de looooongues siestes et de nuits à rallonges.

Et puis tant qu’on y est, vous pourriez aussi décider de vous mettre à la méditation ou de revoir certains films emblématiques de la lenteur et de la flemme (petite sélection non exhaustive) :

Et si vous manquez d’idées pour mieux apprécier votre vie, allez lire ce dossier spécial (vous y trouverez entre autres un petit guide gratuit pour transformer n’importe quel voyage en aventure extraordinaire).

Transformer sa vie après 50 ans
Transformer sa vie après 50 ans

Pour éviter la fatigue, ralentir est le mot-clé

Parlons carbone, cinq minutes, sans culpabiliser personne (ou alors si, un peu, parce que parfois il faut faire face à nos contradictions).

Un vol long-courrier pour quinze jours de tourisme express, c’est souvent plusieurs tonnes de CO2 parties en fumée pour un séjour qu’on passera, au final, à courir après un programme trop chargé. Le comble : plus on voyage loin et vite, moins on a le temps d’en profiter vraiment. On paie cher — au sens propre comme au sens écologique — pour un résultat qui, on vient de le voir, ne repose même pas.

La sobriété, pas la privation

On confond souvent sobriété et sacrifice. Ce n’est pas la même chose. La sobriété « heureuse », ce n’est pas se priver de vacances — c’est arrêter de croire que des vacances réussies se mesurent en kilomètres parcourus. Rester dans un rayon de cent kilomètres, ou même chez soi, n’est pas un lot de consolation. Cela peut être un choix cohérent, qui a en plus l’avantage de ne rien coûter — ni à votre portefeuille, ni à l’atmosphère.

Se resynchroniser avec le vivant

Il y a aussi quelque chose qu’on perd dans le tourisme accéléré : le rythme des saisons. On veut « profiter » coûte que coûte, qu’il pleuve ou qu’il fasse une canicule, parce que le programme est fixé. Ralentir, c’est aussi réapprendre à composer avec ce qui est là — la météo du jour, la lumière qui baisse plus tôt, le jardin qui a besoin d’eau. Une forme d’attention qu’on a largement désapprise.

Quelques activités qui ne coûtent (presque) rien :

  • marcher sans destination précise
  • jardiner, même sur un balcon
  • lire à l’ombre d’un arbre
  • organiser une soirée étoiles filantes avec des ami·es ou de la famille
  • prendre le temps de cuisiner – pas comme quand c’est la course en rentrant du boulot pour faire dîner tout le monde à temps
promenade dans les bois

Un mot sur les écrans

Dernier point, non négligeable : la déconnexion numérique. Pas pour faire une « détox » (même si c’est à la mode) mais parce que le flux constant de notifications est probablement la première cause d’agitation intérieure pendant vos vacances soi-disant tranquilles. Difficile de ralentir avec un téléphone qui vibre toutes les cinq minutes.

Sobriété écologique et sobriété du rythme, finalement, c’est le même geste vu sous deux angles différents.

Le dépaysement ou l’art de se la jouer sans bouger

Il y a fort à parier qu’à ce stade, votre petite voix intérieure proteste : « d’accord, très bien, ralentir, ne rien faire, très tentant tout ça — mais si je reste chez moi, je ne change pas d’air ! » Voix tout à fait légitime. Réponse tout aussi légitime : qui a dit que changer d’air nécessitait un aéroport ?

Le dépaysement, si on y regarde de près, n’a jamais été une question de kilomètres. C’est une question de disponibilité — un détail que les brochures touristiques omettent soigneusement (comme c’est bizarre !!).

Voici une expérience amusante à tenter : marchez dans votre propre quartier comme si vous le découvriez pour la première fois. Vraiment. Levez les yeux vers ces façades que vous ne regardez jamais, écoutez les bruits que vous avez appris à ne plus entendre. Il y a fort à parier que vous n’avez jamais vraiment vu la moitié de ce qui vous entoure. Et pas besoin de visa pour vivre ça.

Votre jardin, votre rue, la boulangerie du coin que vous n’avez jamais essayée parce que « ce n’est pas celle où vous allez d’habitude » : voilà un terrain d’exploration entier, quasiment gratuit et sans décalage horaire. Rien ne vous empêche de pousser l’expérience de la déconnexion en élargissant votre cercle de dépaysement : votre département, votre région regorgent sans doute de lieux que vous ne connaissez pas (des bords de rivière, des lacs, des églises, des villages trop mignons…).

Cela dit — et c’est important de le préciser avant qu’on vous accuse de prêcher le repli sur soi — ralentir et rester curieux du monde ne sont pas incompatibles. On peut très bien préférer la lenteur et continuer à s’engager pour ce qui compte, y compris à travers ses loisirs. J’en parlais justement dans un article sur les loisirs engagés.

Le dépaysement, en somme, ce n’est pas la distance. C’est le regard qu’on pose. Et ça, contrairement à un billet d’avion, ça ne coûte rien.

Reprendre la main sur son temps

Un petit détour par l’étymologie pour finir. Vacances vient du latin vacare : être vide, être disponible. Rien à voir, à l’origine, avec un itinéraire à cocher ou un vol à prendre. Les vacances sont du temps qui n’appartient à personne d’autre qu’à vous.

Et c’est peut-être le cœur du problème : nous avons hérité d’un mot qui veut dire « disponible » et on en a fait un synonyme de « occupé » — occupé à visiter, occupé à cocher, occupé à produire du souvenir. C’est un contresens total.

Alors, pour de vraies vacances, l’enjeu n’est pas de trouver la bonne destination, le bon budget ou le bon créneau météo. Il s’agit plutôt de redevenir disponible — à vous-même, à l’ennui, au rien, au proche, au lent.

Une piste concrète pour finir et si vous voulez essayer de ne pas reproduire encore et toujours les mêmes erreurs : la prochaine fois, ne préparez rien. Ou presque rien. Décidez chaque matin, au réveil, de ce dont vous avez envie ce jour-là — et de rien d’autre. Pas de programme fixé à l’avance par votre vous du mois de mars, pas de liste à cocher établie par une industrie qui a tout intérêt à vous occuper.

C’est ça, reprendre son pouvoir : il ne s’agit pas de partir plus loin, ni de revenir avec plus de photos pour alimenter vos comptes (a)sociaux, mais plutôt de retrouver le droit de décider, jour après jour, de ce que vous faites de votre temps.

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